memoriasdeunhombrefeliz

Il y a un an et demi, j'ai terminé la lecture d'un roman du colombien Darío Jaramillo Agudelo, inconnu en France, intitulé "Memorias de un hombre feliz"... Cette histoire et cette écriture m'ont tellement emballée que l'idée de le traduire a commencé à faire son chemin... Six mois plus tard, après m'être assurée auprès de l'éditeur espagnol qu'aucune traduction française n'était encore à l'étude, je me suis attelée à ce travail...

Quelques mois plus tard, j'ai commencé à proposer ce texte à des éditeurs parmi les plus connus sur la place de la littérature étrangère en France... en vain jusqu'ici.

Aujourd'hui, je reprends ce projet et, dans le but de partager avec d'autres lecteurs les plaisirs que m'ont procurés de ce roman, j'ai décidé de vous en offrir ci les "meilleurs" passages au fur et à mesure de ma propre relecture !

Bienvenue donc dans le monde de Tomás, le héros et narrateur de cette histoire !

"La Señora García me montra l’annonce qu’ils firent publier le jour suivant à la une du journal : « Du matériel et des équipements, n’ayant une utilité que pour leur propriétaire, ont été perdus entre Ibagué et Bogotá. Les faits se sont déroulés tel jour. Une récompense est prévue pour ceux qui nous les rapporteront. Pour plus de précisions, appelez tel numéro. Discrétion totale assurée. »

Cette annonce m’irrita. Volés était devenu perdus et on offrait au voleur récompense et impunité.

J’ai questionné et j’ai appris. Et, comme il arrive toujours avec la pédagogie, mon apprentissage ne concerna pas la réponse que l’on me fit, mais quelque chose de bien plus profond et de bien plus utile.

La Señora García m’expliqua les faits tels qu’ils se présentaient, totalement indifférente aux implications morales de l’affaire. Il s’agissait uniquement d’établir un contact avec les voleurs pour éviter les coûts liés à une nouvelle importation.

Ce que j’ai appris alors c’est le divorce qui existe entre les mots et les faits, la schizophrénie entre le verbe et les conduites qui finit par transformer leur coexistence en risque moral. Peu importe le comportement, il ne peut y avoir de confrontation éthique puisque je peux qualifier les choses à mon avantage, avec des mots qui m’évitent toute responsabilité. Cette découverte aura une grande importance pour moi bien des années plus tard lorsque se produiront les faits qui font l’objet de ces mémoires."


Projet de traduction de "Memorias de un hombre feliz" de Dario Jaramillo Agudelo, p.32 (si l'édition de ce roman vous intéresse, n'hésitez pas à me contacter !)